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RENCONTRE AUTOUR DE L’HISTOIRE DU CAMION D’ARMES D’HENRI MAILLOT

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lundi, 31 mars 2014 20:16

RENCONTRE AUTOUR DE L’HISTOIRE DU CAMION D’ARMES D’HENRI MAILLOT


Samedi 5 avril 2014, à 14 heures
A la salle de conference du journal ALGERIE NEWS
Située au :(28 rue Ahmed et Boualem Khalfi – ex. Rue Burdeau)ALGER
RENCONTRE AUTOUR DE
L’HISTOIRE DU CAMION D’ARMES
D’HENRI MAILLOT
(4 avril 1956)
Avec la projection du film-documentaire
Réalisé par Kamel Boualem.

« Algériennes, Algériens non musulmans
morts pour la Patrie »


SUIVIE D’UN DEBAT
Animé par Mr MOHAMED REBAH Chercheur en histoire
Et auteur de :Taleb Abderrahmane, guillotiné le 24 avril 1958 ,edition APIC
Des chemins et des hommes Edition mille feuilles


Rencontre organisée par le journal électronique « Raïna » et le collectif « Ma Nenssaouche » avec la collaboration du journal ALGERIE NEWS
Le public est cordialement invité

LE CAMION D’ARMES D’HENRI MAILLOT

Le 5 avril 1956, La Dépêche Quotidienne, organe de la grosse colonisation, criant à la trahison, ouvre sa « Une » sur une information sensationnelle :

Dans l’après-midi d’hier
MYSTERIEUSE DISPARITION
D’UN IMPORTANT CHARGEMENT D’ARMES
dans la forêt de Baïnem

Le camion détourné contenait 123 mitraillettes, 140 révolvers, 57 fusils, un lot de grenades et divers uniformes. De quoi armer plusieurs commandos.
On apprend que l’homme qui a mené l’opération est l’aspirant Henri Maillot, réserviste de la classe 28, rappelé au 57ème Bataillon des Tirailleurs algériens.

Militant du Parti communiste algérien (PCA) clandestin, Henri Maillot pensa à subtiliser des armes à l’armée d’occupation au profit de l’Armée de Libération Nationale, dés son affectation, au mois d’octobre 1955, à la caserne de Miliana. à l’ouest d’Alger, où étaient installés de nombreux réservistes fraîchement débarqués de France. Il se confia à son camarade de Parti, William Sportisse, qu’il rencontra lors d’une permission, à la fin décembre, à Alger. La direction du PCA clandestin, informée, transmis son accord sans tarder. L’opération militaire, supervisée par Bachir Hadj Ali, secrétaire du Parti et coordonateur des Combattants de la Libération (branche militaire du PCA, créée au mois de juin 1955), connut son épilogue le mercredi 4 avril 1956, vers midi. Le camion Ford, sorti de la caserne de Miliana à sept heures du matin, avait pris la route d’Alger avec à son bord Henri Maillot, chef du convoi. Après un arrêt de deux heures à l’Arsenal (ERM) de Belcourt où fut déchargée une partie des armes, le camion fut détourné vers la forêt de Baïnem, à l’ouest d’Alger, où, embusqué dans les broussailles un commando des Combattants de la Libération (Jean Farrugia, Joseph Grau et Clément Oculi) attendait.

Pour des raisons de sécurité, la remise des armes à l’ALN se déroula en plusieurs étapes. L’acheminement des armes vers les maquis fut assuré par les Combattants de la Libération des zones d’Alger et de Blida. La réception d’un premier lot par la direction d’Alger du FLN intervint quelques jours après le détournement du camion, selon le témoignage de Mokhtar Bouchafa, adjoint du commandant de l’ALN de la Région d’Alger, Amar Ouamrane, futur colonel de la Wilaya IV. Une partie des armes de guerre transportées à Blida par Jean Farrugia, dans le camion de Belkacem Bouguerra, fut remise au groupe Guerrab-Saadoun-Maillot en route vers le maquis de l’Ouarsenis.

La fourniture d’armes de guerre à l’ALN fut comme une réponse au souci exprimé par Abane Ramdane dans son courrier envoyé le 15 mars 1956 à la délégation extérieure du FLN, installée au Caire. « … Si les communistes veulent nous fournir des armes, souligne-t-il dans sa missive, il est dans nos intentions d’accepter le parti communiste algérien en tant que parti au sein du FLN, si les communistes sont en mesure de nous armer… ».

C’est dans ce contexte que la première rencontre a lieu, les premiers jours de mai 1956, par un après-midi printanier, dans le cabinet dentaire de Mokrane Bouchouchi, Place Bugeaud, face au siège du 19ème Corps d’Armée, au cœur d’Alger, entre Abane Ramdane et Bachir Hadj Ali, assistés respectivement de Benyoucef Benkhedda et de Sadek Hadjerès. Cette rencontre au sommet avait été arrangée par l’homme de confiance de Abane, Lakhdar Rebah dit El Ghazal (quelques jours avant son arrestation à Kouba par les parachutistes de Massu).

Evoquant cette rencontre, l’officier de l’ALN, devenu historien, Mohamed Téguia, écrit dans son livre-témoignage « L’Algérie en guerre » : « Elle fut l’objet de félicitations de Abane qui rendit hommage aux communistes … (il) fit connaître son projet de promouvoir l’aspirant Maillot comme lieutenant, en l’affectant en Kabylie ». Les discussions aboutirent, au mois de juin 1956, à la signature des Accords FLN-PCA. Maintenant, « il n’existe qu’une seule armée contrôlée par le FLN », déclare le PCA clandestin. L’intégration « en bloc » des Combattants de la Libération dans les maquis de la wilaya IV (l’Arba, Palestro, Ténès, Cherchell, Zaccar, Chlef et autres lieux de combat) fut supervisée par Amar Ouamrane.
Dans un communiqué signé de lui et adressé aux agences et organes de presse, Henri Maillot donna la signification de son geste : « L’écrivain français Jules Roy, colonel d’aviation, écrivait il y a quelques mois : si j’étais musulman, je serais du côté des « fellagas » ». Je ne suis pas musulman, mais je suis algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Le peuple algérien, longtemps bafoué, humilié, a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des peuples…Il ne s’agit pas… d’un combat racial mais d’une lutte d’opprimés sans distinction d’origine, contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race…En livrant aux combattants algériens des armes dont ils ont besoin pour le combat libérateur, j’ai conscience d’avoir servi les intérêts de mon pays et de mon peuple, y compris ceux des travailleurs européens momentanément trompés. »

Henri Maillot tombe au champ d’honneur, à l’âge de 28 ans, dans la matinée du 5 juin 1956, dans le djebel Derraga (rive gauche du Chélif), mitraillé par les soldats français. Maurice Laban, Belkacem Hannoun, et Djillali Moussaoui sont morts à ses côtés, les armes à la main. Abdelkader Zelkaoui, capturé la veille, avait été froidement assassiné. La guerre pour l’indépendance est à son vingtième mois. « Le camion d’armes d’Henri Maillot » entre dans la légende. La date du 4 avril 1956 s’inscrit au fronton de l’Histoire.

Mohamed Rebah
Auteur

« Des Chemins et des Hommes » (préface d’Ahmed Akkache), éditions Mille Feuilles, Alger, novembre 2009.
- Eléments bibliographiques :

Belhocine H – Le courrier Alger-Le Caire 1954-1956, Casbah éditions, Alger
2000. (Page 164).
Téguia M - L’Algérie en guerre, éditions OPU, Alger, (pages 201 à 210).
Alleg H - La Guerre d’Algérie, éditions Temps Actuels, Paris, 1981, (tome 2
pages 188 à 194 : Le Front dirige la lutte).
Bouregaa L – Assassinat d’une révolution (paragraphe sur la fourniture des
armes au maquis de Ouled Slama), éditions Bouchène (en langue arabe),
Alger, 1989.

- Témoignage de Mustapha Saadoun sur son intégration dans l’ALN (début juillet 1956), au maquis de Cherchell où il fut le premier commissaire politique (in. Des Chemins et des Hommes, op. cité).


- N.B : La signature des Accords FLN-PCA est intervenue quelques semaines avant la tenue du Congrès de La Soummam (20 août 1956).

*Place Bugeaud = Place Emir Abdelkader.
*Palestro =Lakhdaria


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