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Hommage à Abdelkader Ould Kadi : Engagement, droiture et modestie

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mercredi, 4 avril 2018 17:21

Ce Samedi 7 avril, les ami(e)s se souviendront

Voilà 10 années, déjà, que notre ami et camarade Abdelkader Ould Kadi nous a quittés ; c’était le 06 avril 2002, alors qu’il s’apprêtait à souffler sa 66ème chandelle. Pour évoquer sa mémoire et rappeler son itinéraire exemplaire, son engagement militant, la perspicacité de ses analyses, et donc l’immense vide que représente son absence, ses anciens compagnons ont pris l’initiative de commémorer cette date, dans le souvenir des moments forts de sa vie et le recueillement.

Il faut vous dire que nous sommes une douzaine de proches amis qui, chaque année en cette même période, se rendent au cimetière familial des Ould Kadi à El Amria, pour l’informer de la situation nationale, des changements qui ont cours de l’année à l’autre, de la morosité de la vie politique mais également de la construction patiente et difficile de l’Algérie éternelle, celle de nos espoirs et de nos rêves. Le printemps, la verdure florissante et les senteurs campagnardes alentour inspirent méditation et communion !

Dans nos prises de parole improvisées, au pied de la tombe, Kader est sans cesse interpelé pour lui faire dire l’avis éclairé qu’il aurait sans doute formulé. Les êtres comme lui ne meurent jamais. Ils vous accompagnent toujours ; ils sont présents par les souvenirs qu’ils laissent. Par leurs attitudes fraternelles et généreuses, toujours attentionnées, à l’écoute du plus jeune et des nouvelles idées. Au détour d’une discussion, triste ou gaie, sérieuse ou décontractée, il vous arrive de les évoquer sans qu’on s’y attende. Alors, la discussion engagée s’arrête là, comme si l’on ouvrait une porte à un ami connu et l’on se met à disserter sur lui et un peu avec lui - sur sa vie d’homme, son itinéraire, ses espoirs.

Il en est ainsi d’Abdelkader Ould Kadi, que certains d’entre nous appellent Si El Hadj, un peu pour le taquiner mais surtout par respect. Difficile d’en parler en quelques lignes. Et pourtant, il me faut tenter de cerner ce que fut son parcours, en allant à l’essentiel, ou du moins à ce qui me paraît avoir été important pour lui. Une tranche de sa vie a énormément compté pour Abdelkader. C’est certainement celle de la clandestinité. Il en a gardé cette manie de cultiver le secret. Et pour cause. Lorsque survient le coup d’état du 19 juin 1965, Kader est journaliste à Alger Républicain. Comme une partie de ses camarades du journal et du Parti Communiste Algérien [PCA], il intègre l’Organisation de la Résistance Populaire (ORP) et se planque pour échapper à la première vague d’arrestation de l’été ’65. Il contribue à la mise en place des premières cellules de l’ORP à Oran. Mais le mouvement populaire attendu ne vient pas et l’organisation évoluera vers l’adoption de critères stricts de sélection des membres du parti. Ils donneront naissance au Parti de l’avant-garde Socialiste [PAGS], un parti forgé autour d’anciens dirigeants du PCA, de certains responsables progressistes du FLN, et de militants actifs de l’UNEA , de la JFLN et de l’UNLCA ( Union des lycéens ).

Au lendemain du 24 avril 1967, journée mondiale de lutte de la jeunesse et des étudiants contre l’impérialisme, - une date tombée aujourd’hui dans les oubliettes une deuxième vague d’arrestation s’abat sur l’Oranie. Le PAGS est décapité à Oran, mais Kader échappe à la souricière tissée par les différents services de police, SM compris. Il vadrouille de planque en planque, d’Oran à Alger en passant par El Amria et Frenda, et réussit à semer la filature des flics. Il restera dans la clandestinité durant 7 ans, avec pour occupation principale une collaboration étroite à l’édition et à la diffusion de Saout Ech Chaâb, l’organe central du PAGS. Il partagera sa vie de militant clandestin avec d’autres camarades, avec Abdelhamid Benzine disparu en 2003, Noureddine Zenine également décédé, Aziz Belgacem assassiné par les terroristes intégristes, Abdelaziz Saoudi qui venait de la JFLN... Ces années de vie militante, faites de privation, de traque policière et de dérobade, de maladie mal soignée, Abdelkader en parlait peu. Parfois des confidences faites entre amis nous permettent de lever partiellement le voile sur certains événements. Mais sa modestie proverbiale nous cachera toutes les endurances qu’il a eu à supporter.

Kader retourne à la vie civile au début de l’année 1975, probablement à la suite d’un accord tacite entre le PAGS et le pouvoir de l’époque. Les temps avaient changé et la ligne politique suivie par Houari Boumediène appelait à plus de convergence des forces patriotiques autour d’un programme de développement national orienté vers davantage de participation des travailleurs à la gestion du secteur public dominant. C’est la période durant laquelle le débat sur une nouvelle constitution est lancé, mais aussi celle de l’apparition des premières escarmouches avec le mouvement islamiste. Le besoin de nouvelles alliances est bien réel et la semi-légalité du PAGS est perçue comme une nécessité. Personne ne s’étonne de voir des syndicalistes taxés de communistes occuper des postes de responsabilité dans les structures de l’UGTA. C’est dans ce contexte qu’Abdelkader va être désigné à la tête de la direction régionale de l’ONIMET, un organisme chargé de la médecine du travail, dépendant du ministère du travail. Il est contraint de le quitter vers 1985, parce que les temps avaient définitivement changé. La médecine du travail est considérée peut-être comme un luxe pour un régime qui aspire à balayer tout ce qui pouvait rappeler les choix antérieurs. Il trouvera un point de chute à l’ENCC, une société nationale déstructurée, naguère florissante, en qualité de cadre affecté au service formation. Il y restera jusqu’à son départ à la retraite, en 1996. Une retraite minable qui l’oblige à chercher comment arrondir ses fins de mois en se tournant vers l’activité journalistique.

Pour revenir à son activité militante, Abdelkader sera gardé en réserve et fera pratiquement office de porte-parole officieux du PAGS. Tout le monde « bien informé » à Oran sait que ce qu’il dit, fait ou pense est inspiré de la ligne de son Parti. Les services de renseignements le connaissent et la réciproque est vraie. Personne n’est dupe de la fonction de l’autre ; cette situation est même tolérée jusqu’aux événements d’octobre 1988. C’est l’émeute à Alger ; à Oran, il y a moins de casse, mais il faut trouver des boucs émissaires. Malgré son flair, Kader sera arrêté et maintenu au cachot pendant quelques jours. L’homme supporte bien l’arbitraire de son arrestation. Mais ces journées d’octobre laisseront des séquelles profondes sur la cellule familiale. Les représailles, la montée du terrorisme islamiste à partir de 1992, les menaces pesantes sur la vie des citoyens engagés feront dorénavant partie des sujets qui l’habitent et le préoccupent grandement.

Kader doit faire gaffe, mais il faut continuer de travailler, et de militer, tout en cherchant à se préserver. Changer d’habitude, prendre d’autres itinéraires, se raser la barbe... autant de gestes appris durant la clandestinité, qu’il sait futiles lorsqu’on est à découvert, mais qui lui ont peut-être sauvé la vie. Il assistera au premier et dernier congrès légal du PAGS, en décembre 1990 ; il y sera honoré au même titre que tous les aînés qu’il avait côtoyés depuis les luttes politiques des années 50 mais refusera toute désignation au niveau des instances dirigeantes du parti. En homme sage, il restera le trait d’union entre l’ensemble des courants qui ont émergé lors de la crise du PAGS. (...)

(...) Certes, le raccourci dans la catégorisation de son attitude politique ne rend pas exactement de la complexité du contexte de l’époque. Cela mériterait qu’on s’y attarde, et 20 ans après cette douloureuse période, nous en sommes encore à nous interroger sur la meilleure stratégie à adopter. En cela, Kader nous aurait été d’un grand apport, j’en suis convaincu.

En mémoire du révolutionnaire infatigable qu’il fût, une cérémonie de recueillement a eu lieu, hier, vendredi 6 avril, au cimetière familial d’El Amria. La veille, un hommage émouvant lui a été rendu en présence des membres de sa famille, de ses amis et de tous ceux qui l’ont connu et qui ont eu à apprécier ses qualités d’homme de cœur et de militant engagé pour le progrès, la justice sociale et la démocratie.

par A. Benfodda (avril 2012)


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