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Note de lecture, Les Dix nouveaux Commandements de Wall Street d’Ammar Belhimer : Le puzzle néolibéral décortiqué

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lundi, 6 mars 2017 03:35

L’ANEP vient de publier un second ouvrage du professeur en droit, Ammar Belhimer, sous le titre les Dix nouveaux Commandements de Wall Street. C’est un ensemble de chroniques, reportages et analyses, parus dans le Soir d’Algérie, réécrits, mis à jour, enrichis et agencés pour trouver une cohérence d’ensemble qui rend fidèlement compte de la réalité de l’ordre néolibéral des années 1990 jusqu’à l’élection de Donald Trump. Les deux mamelles du néolibéralisme que sont la spéculation et l’endettement sont soigneusement analysées. « Au cœur du monde, il y a le Dieu Argent. C’est là qu’est le premier terrorisme », relève, à juste titre, Sa Sainteté le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le « Consensus de Washington », fondateur de l’ordre néolibéral, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de « reaganomique » et de « consensus de Washington », tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l’inflation, et accessoirement par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance.
Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral. L’ouvrage installe méthodiquement les pièces du puzzle néolibéral pour dévoiler d’abord son arrière-boutique, son « fil conducteur », nous dit l’auteur : une nouvelle forme de valeur, la haute main du banquier sur l’économie réelle, l’antre des spéculateurs que sont devenues les places boursières, dans ce qu’il est advenu d’appeler une « économie de casino ».
La chaîne de domination et de dépendances qu’un tel ordre génère est longuement illustrée par l’humiliation subie par la Grèce, à la faveur du rééchelonnement de sa dette, de nouvelles vagues d’acquisitions coloniales, avec la constitution des fonds pétroliers et la contagion de nouvelles ressources comme l’eau et la terre par l’appât du gain, la privatisation de la guerre, etc. Il s’ensuit l’avènement de nouveaux vecteurs de la puissance que dessinent l’entreprise du futur, le management financier, le poids du lobbying, le diktat des agences de notation ou encore la gouvernance algorithmique. Une telle évolution ne peut laisser aucun droit de cité à la liberté et à la démocratie, ou à toute autre valeur héritée du libéralisme ancien. Le nouveau système politique est une « démocratie totalitaire » qui déconsidère le suffrage universel et les institutions représentatives, menace les libertés syndicales, érode le pouvoir de négociation des salariés. Il prévaut la règle « Un dollar = une voix », avec une certaine fatalité de la terreur, sur fond de raz-de-marée d’extrême droite, de perdition de la gauche et de la social-démocratie, de velléité social-libérale.
Au plan social, cette évolution se traduit par une accentuation des inégalités et injustices meurtrières, une pauvreté croissance, le déclin des classes moyennes, l’éloge de la médiocrité, « le syndrome du larbin ». Politiquement parlant, le système installe un État qualifié de carcéral et sans souveraineté, qui a pour mission de supplanter les classes. Quel avenir immédiat se profile devant tant de menaces ? Le modèle néolibéral, « survendu », peine à produire de la croissance, le non-marchand progresse, sur fond de désertion et de désobéissance, comme en témoigne la « gifle islandaise » — insuffisamment analysée, estime Ammar Belhimer. À plus long terme, « le capitalisme du désastre » semble annoncer son « autodestruction ».
R. C.

L’auteur présentera et dédicacera son livre à la libraire Chaïb-Dzaïr — baptisée du nom de la première chahida tombée au champ d’honneur aux côtés de Badji Mokhtar — 1, rue Pasteur, Grande-Poste, Alger, samedi 11 mars à 15 he


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