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BANDEAU

رأينا هو صوت ألمبادرة الشعبية من أجل الحرية والعدالة الاجتماعية والتضامن. من أجل ابأدت أنظمة القمع واﻹستغلال للشعوب من أجل بديل مناهض للرأسمالية

RAÏNA porte la voix de l’Initiative populaire en Algérie pour la liberté, la justice sociale, la solidarité. Pour la fin des systèmes d’oppression et d’exploitation des peuples. Pour une alternative anticapitaliste.

Le capitalisme national : une impossibilité structurelle en Algérie,interview integral accordé par Abdelatif Rebah à El Watan 2eme partie,(Suite et fin)

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samedi, 2 avril 2016 13:34


L’Algérie importe chaque année pour plusieurs ( ?) de dollars de carburant et produits raffinés. Qu’est ce qui empêche le gouvernement d’accroître ses capacités de raffinage ? Est-ce le souci de faire fonctionner les raffineries italiennes, espagnoles et autres ?
Il y’a de nouvelles raffineries qui vont être mises en service. Mais le problème ne se situe pas à ce niveau. Si a chaque fois l’Algérie réagit par à coups, d’une façon linéaire, elle ne va pas s’en tirer. Il faudrait que notre modèle de consommation énergétique corresponde réellement à nos choix. Je n’ai pas à subir la pression d’une couche parasitaire de la population qui va me conduire vers un modèle de consommation énergétique qui dilapide les ressources et compromet l’avenir des générations futures. L’Etat et les pouvoirs publics sont censés être les dépositaires de cette vision d’avenir. Vous avez plusieurs 4X4 dans les garages de vos châteaux, ce n’est pas à l’Etat d’importer du Diesel pour vous ! C’est le modèle de consommation de cette couche parasitaire qui est en vigueur en Algérie. Ce n’est certainement pas celui des 800 communes pauvres de l’Algérie et cette couche freine avec les quatre fers pour que les mesures appropriées ne soient pas prises. On nous dit, nous n’avons pas d’argent pour construire une ligne de tram ou de métro mais paradoxalement nous en avons assez pour importer encore des véhicules. Cela témoigne des forces qui sont à l’intérieur du système de décision et qui pèsent de telle manière que cela défie parfois le simple bon sens.
Il y va de l’influence des puissances de l’argent mais quid de l’influence du capital mondial dans le choix des orientations économiques ?
L’Algérie est un espace périphérique économiquement surdéterminé et politiquement instrumentalisé. Nos espaces périphériques se présentent ainsi. La surdétermination de l’Algérie sur le plan économique ne fait aucun doute. Il suffit de voir les cotations du dollar, de l’euro et le prix du baril pour s’en rendre compte qu’ils sont manipulés. La chute des prix des hydrocarbures a été provoquée. Plus personne ne croit aux inepties du genre : le marché est régi par l’offre et la demande. L’empreinte des grands cartels, les cartels bancaires notamment est visible.
Pourtant, on fait un état de plus de 2 millions de barils de pétrole en excédent par jour sur le marché du brut…
C’est justement au niveau des millions de barils en excédent que se situe la manœuvre. En 2015, la consommation a augmenté de 300 mille barils/jour. On prétexte que l’économie chinoise a ralenti la consommation mondiale mais on ne dit pas qu’elle a fait 6,9 % de taux de croissance. L’Inde, 7,3%. Ce rôle de la manipulation a été joué par l’Arabie Saoudite qui, avec les USA, ont fait chuter les prix. C’est aussi ça la logique du capital mondial. Il y a la FED et l’Arabie Saoudite, qui fait office de FED pétrolière, qui servent de leviers pour les Etats-Unis. Ces derniers disposent de deux leviers : l’un à Wall Street l’autre à Riyad.
On épilogue énormément sur les puissances de l’argent et sur le capital privé. Qui sont- ils au juste ? Et comment interagissent-ils avec le capital mondial ?
Concernant le capital privé algérien, celui-ci a connu un certain nombre de phases. A l’indépendance, il était très embryonnaire. C’est grâce au développement du secteur d’Etat, du secteur public que le capital privé s’est développé. Je parle de ce capital privé avec une consistance industrielle, productive. Dans le textile et la confection, dans le bois et l’ameublement, dans la métallurgie et la transformation métallique, dans la mécanique. Pourquoi ? Parce qu’il y avait des commandes, des plan de charge, un marché stimulés par les plans nationaux de développement et surtout une protection de l’Etat dès lors que le débouché était assuré. Ce n’était pas rien.
Même si ce capital était considéré à cette époque comme paria dans un système où seul le capitalisme d’Etat avait clairement droit de cité
Le capitalisme d’Etat implique justement l’existence d’un secteur privé. Même si sur le plan politique, il était confiné. Nonobstant le caractère juridique qui n’était pas très net, ce capital avait une existence réelle sur plan économique. Mais à partir de la deuxième moitié de la décennie 80 et surtout à partir de la libéralisation, sur injonctions du FMI, du commerce extérieur, on s’est retrouvés dans une autre configuration. tout ce beau monde s’est rué vers l’activité du commerce et de l’importation. Les dispositifs réglementaires et législatifs aidant, ce capital s’est orienté vers les sociétés d’importation, parce qu’il ne pouvait plus soutenir la concurrence dès lors que l’importation était plus lucrative, plus rentable que le détour de la valorisation productive. Le capital, et c’est valable en tous lieux, n’opère pas ce détour parce qu’il a envie de le faire, il le fait malgré lui.
C’est donc ce capital privé national versé entre autres dans l’industrie qui s’est converti à l’importation ?
Oui mais pas seulement. C’est la mort dans l’âme que ce capital privé productif s’est réorienté dans l’importation. Certains de ces producteurs ont abandonné leurs affaires parce qu’ils avaient été mis en situation de concurrence déloyale, tout comme le secteur public d’ailleurs, face à l’importation. Pour le médicament par exemple, on avait dit laissons les gens importer, ils installeront au fur à mesure leurs unités de production. Mais, ces unités, nous ne les avons jamais vues. Le fameux commerce industrialisant des « réformateurs » n’à jamais fonctionné en fait. C’était une fiction. Par la suite, le plan d’ajustement structurel est venu aggraver cette situation et aujourd’hui on se retrouve avec une industrie qui participe de 4 % au PIB alors qu’il était de plus de 20 %, et un secteur public qui est passé de 80 % à 20 %. En contre partie, la valeur ajoutée du secteur privé a augmenté, sa part des crédits avec mais sans aucune retombée pratiquement sur le plan investissement productif.
C’est dans l’ordre des choses : l’inclination naturelle du capital, c’est le profit. Il n’a pas d’autres raisons que celle-ci. Quelles branches ? Quel contenu technologique ? Ce sont des questions auxquelles le primat de la rentabilité financière donne une seule et unique réponse ; ceux que justifie le profit. Rebrab, quand il a voulu reprendre l’usine de pneumatiques de Michelin c’était pour reconvertir l’activité dans le commerce pas pour développer l’industrie du pneumatique. Chez nos industriels, la part de la valeur ajoutée créée ne dépasse pas les 20 %, le reste est importé. On est à peine dans l’activité de transformation mais à la marge. Voilà la réalité de notre tissu productif. On a transformé la structure juridique, on l’a privatisée, on a tertiairisé l’économie mais il ne s’agit pas d’un secteur tertiaire qui vient en prolongement de l’activité productive nationale. C’est un secteur d’import-revente, pour l’essentiel. Notre secteur tertiaire n’est pas fait de start-up, on n’en fait pas de la haute technologie, c’est pour l’essentiel des petits commerces de détail, des personnes physiques. L’économie s’est tertiarisée mais aussi informalisée. Nous avons donc une économie sans consistance productive et dans ces conditions justement ceux qui en tirent profit sont les forces qui ont accumulé des fortunes dans l’import-import et l’immobilier de rente. C’est un secteur mouvant, opaque où il est difficile d’identifier qui fait quoi. On est face à une nébuleuse avec une porosité élevée entre monde politique, des affaires etc. Difficile donc de les identifier. Mais là n’est pas l’essentiel. On peut, cependant, en constater les impacts ou leur influence désormais assez palpables. On parle de dizaines de milliers d’importateurs mais en réalité, on est en présence d’un noyau mais un noyau qui pèse lourd.
Et pour ce noyau, la situation de statu quo arrange bien leurs affaires !! Un statut quo modulé selon la conjoncture, passant du statu quo défensif au statut quo offensif comme c’est présentement le cas. Maintenant, pour ce qui est du lien avec le capital mondial, ma foi, il est clair. C’est au niveau de ce lien qu’il faut chercher les mécanismes qui bloquent la diversification sectorielle productive du PIB et de nos échanges internationaux. Ces gens importent à partir d’où ? Qui est ce qui verrouille notre liste de fournisseurs. Nous avons, depuis 40 ans, presque les même structures d’échange avec des fournisseurs comme la France, l’Italie, l’Espagne, les Etats-Unis. Le monde a pourtant changé depuis avec l’émergence de nouvelles puissances mais la structure de nos échanges est restée presque la même. Le seul changement notable est l’arrivée de la Chine comme fournisseur. On est visiblement coincés avec ce vis-à-vis qui est l’UE et c’est lui décidément qui a balisé ce qu’on doit être définitivement, à savoir : l’Algérie, fournisseur d’énergie, pôle de consommation autrement dit déversoir de ses produits. Il y a comme un parlement invisible qui vote contre nous dès que des mesures sont prises et qui risquent de remettre en cause le statut quo. Dès qu’il vote, ce parlement invisible nous le fait savoir à travers notre presse ou la sienne. Et pour eux, il est hors de question que l’Algérie soit à la fois une puissance énergétique et une puissance industrielle. C’est leur cauchemar. Notre marge de manœuvre est limitée. Sous estimer les mécanismes du capital global, c’est vraiment faire preuve de naïveté. On ne fait que constater sa puissance de feu. En actionnant le levier pétrole, de juin 2014 à aujourd’hui, ils ont fait baisser son prix de 70 %. Sans aucune raison de marché. C’est Goldman Sachs et Rockefeller qui en sont responsables. Pour ceux qui se gargarisent de théorie du complot, les chiffres qui parlent : 147 firmes, dont les trois quarts appartiennent au secteur financier contrôlent l’économie mondiale. Le marché global est très concentré. 80% du commerce mondial est aux mains des transnationales qui sont dirigées par des états-majors qui planifient sur la base de prix artificiels, de cession interne. L’oligarchie contrôle les flux d’informations. C’est la même famille, avec ses think thank, ses aréopages de penseurs, d’experts…ce n’est pas une fiction. Alors, que sommes nous devant eux ? Et de là à nous amuser nous même à dribbler dans nos 18 m, c’est de la folie. Nous sommes dans une situation où il est impérieux de revenir aux écrans de protection. La situation exige des réponses centralisées. Plus d’Etat, oui, pas au sens d’un retour mécanique aux années 60-70, mais avec un Etat instruit par l’expérience, armé de ressources humaines qualifiées, instruites, abondantes, capables de mettre en œuvre les acquis des sciences et des techniques au service du développement, un Etat garant des priorités productives, sociales du développement, de protection de l’environnement, des priorités scientifiques et technologiques.
Comment ce capital privé évoluera dans les prochaines années ?aurions-nous des oligarques du genre produit par la Russie d’Eltsine ?
Dans l’Algérie de 2016, la montée d’un capitalisme national est impossible. C’est une impossibilité structurelle dans le contexte de la mondialisation capitaliste. Le capital global n’a pas besoin d’un capitalisme national, c’est à dire autonome, qui serait un facteur de remise en cause de ses intérêts. Si la colonisation n’a pas permis le développement d’un capitalisme national, le capitalisme mondial encore moins. Il n’y a pas de sujet pour le capitalisme en Algérie. C’est un sujet historique inexistant en Algérie. En réalité, et l’exemple de notre pays le montre, l’impasse actuelle est de naturelle structurelle et elle traduit l’impossibilité radicale d’apporter les réponses qu’exige le développement économique et social de notre pays dans le cadre de la dépendance de la mondialisation capitaliste. La seule voie de lucidité qui s’offre à notre pays, c’est un développement national qui préserve l’autonomie de décision, celle que procure la souveraineté sur nos ressources en hydrocarbures, notamment. Il ne faudrait jamais revenir sur ce principe. Je dis qu’il y a encore des possibilités de renégocier un certain de nombre de recompositions dans la division internationale implacable du travail. Il faut œuvrer à s’émanciper des rapports de puissance porteurs de logiques systémiques de dépendance et de sous-développement. En vérité, en Algérie, l’Etat n’a pas encore épuisé sa mission historique dans la construction d’une économie nationale pérenne. Lorsque l’économie n’existe pas, on ne peut faire l’économie de l’Etat, écrit pertinemment l’auteur d’un article au titre fort à propos : « L’entrepreneur schumpétérien a-t-il jamais existé ». L’Etat doit jouer le rôle de preneur d’initiative et de risque. Dès lors qu’il est admis que « l’Etat doit être fondamentalement développementaliste », la question est comment le faire rentrer dans ces nouveaux habits ? Quelles sont les transformations à opérer et les conditions à réunir pour que l’Etat puisse d’abord, repousser les limites actuelles de ses marges de manœuvre puis se donner les capacités d’agir en tant que moteur et acteur majeur incontournable de la sortie du sous-développement et renforcer ses fonctions de garant de l’équité et de réducteur des inégalités et des injustices, du respect des priorités productives et environnementales ?
Les questionnements que soulèvent les défis de l’adaptation à un monde en phase de recomposition agressive qui cible l’Etat national renvoient, quant au fond, à la nécessité de l’élaboration d’une stratégie de construction des institutions et des structures d’accueil d’une économie mixte productive et diversifiée
Haddad, le patron du FCE, plaide pour un secteur privé fer de lance de la croissance. Vous y croyez ?
Mais de quelle croissance parle-t-il ? Entre 2000 et 2013, le contenu de notre croissance hors hydrocarbures est tiré par les secteurs du BTPH, du commerce et des services. Et quand on dit bâtiment et matériaux de construction, ce n’est pas uniquement les programmes publics de construction de logement, c’est aussi l’immobilier de rente qui s’est considérablement développé. Mais une croissance qui ne crée pas les conditions de son propre dépassement n’est pas une croissance.
Notre croissance à nous dépend totalement des importations qui se sont accrues de plus de 500 % en seulement une dizaine d’années.. Les secteurs qui se sont développés chez nous sont presque tous adossés à cette activité d’importation-revente en l’état. Aujourd’hui, on parle de capitaines d’industrie. Mais elle est où l’industrie ? Elle est où cette notion de risque qui caractérise l’entrepreneur car qui dit capitalisme dit risque. Ma foi si on veut récrire l’histoire du capitalisme européen, je le veux bien mais à condition de la réécrire en entier et non pas sauter les pages et les chapitres.
Vous faites bien le distinguo entre capital privé et puissance de l’argent ?
Absolument. Nous avons des puissances de l’argent ; nous n’avons pas un capital privé. Bien que les deux soient soumis à la loi du capitalisme mondial. Nous avons des velléités, des embryons de capital privé, mais delà à ce qu’il prétende à être l’agent historique du développement de l’Algérie, c’est d’une impossibilité structurelle. Pour le développement national, l’Algérie a encore besoin de cet agent historique qui s’appelle secteur public. On a besoin de complexes industriels comme ceux de la SNVI, d’El Hadjar. On nous a dit, les IDE. On a donné ce bijou national qu’est El Hadjar à Mittal parce qu’on pensait qu’il allait ramener une nouvelle technologie, un management de qualité, mais en bout de course, des secteurs entiers du complexe ont été fermés, sinistrés. Ceci devrait nous servir de leçon. Ce n’est pas parce que Lakshemi Mittal est un méchant, c’est juste la loi d’airain du capitalisme qui fonctionne ainsi. L’ouverture du capital des entreprises publiques comme préconisée par la loi de finances ne vise rien d’autre qu’à rééditer l’expérience d’El Hadjar. Nous sommes dans le déni total. Ouvrir le capital des entreprises, oui mais à condition que l’Etat veille. Il faudrait qu’il soit derrière, avec sa vision, ses priorités. L’économie mixte, c’est la seule voie tenable de l’Algérie. Mais si c’est dans la logique du capital privé qui prendra le dessus parce qu’il va développer ces secteurs, ma foi, c’est ignorer la nature de celui-ci qui n’a d’autre règle que celle des débouchés solvables avec, à terme, comme conséquence, l’avènement d’immenses archipels de misère. Je rappelle que la Chine possède encore plus de 100 000 entreprises publiques et dont certaines fonctionnent encore avec des technologies des années 50. C’est cette même Chine qui talonne aujourd’hui les Etats-Unis.
Vous dites que l’avenir de l’Algérie est dans une économie mixte. Nous sommes nous pas déjà dans cette configuration d’économie hybride ?
Quand je dis mixte, c’est en termes de statut juridique. Cela ne doit pas signifier une économie de bazar. Parce qu’une économie de bazar, nous y sommes totalement. On importe des produits pour les revendre en l’état. Encore faut-il avoir du respect pour le bazar au sens stricto sensu. Pour que les véritables choix d’une économie productive soient faits, il faudrait qu’il y ait une garantie que c’est l’Etat à travers ses entreprises qui les impose.
Vous pensez qu’un modèle autocentré du même type des années 70 a encore de la place dans l’Algérie d’aujourd’hui ?
Il faut être pragmatique. Ce n’est pas une question de mode. Ce qui nous permettra de faire le choix d’une économie productive passe par le dépassement de l’horizon étroit du profit.
Cette volonté doit être réinstaurée. En tenant compte du contexte, oui. De la place pour un modèle de développement autocentré, peut être pas, mais la logique qui consiste à rester prisonnier de ce face à face avec l’UE, qui nous maintient dans un statut de sous-périphérie, je dis qu’il y a une possibilité de la briser, de la transcender. Le choix est hardi et la menace et les risques politiques existent, certes. Lorsqu’en 2009, certaines mesures ont été prises (droit de préemption, règle des 51-49%), on a eut droit à une levée de boucliers. Celle-ci peut aller plus loin jusqu’aux manœuvres de déstabilisation. Mais si le coût de la rupture avec cet enfermement est élevé, celui de la non rupture porte en germe la menace de perdre l’indépendance nationale
Officiellement, l’Algérie dénonce certaines clauses de l’accord d’association avec l’UE. Pensez-vous que la révision de cet accord est jouable ?
L’Algérie n’a pas d’autre choix que de réviser cet accord. Parce qu’il est la négation tout court de toute possibilité de construction d’une base productive nationale. Alors là, ceux qui aujourd’hui parlent d’une adhésion à l’OMC, c’est complètement insensé sachant ce qu’elle implique vraiment. N’empêche, certains ferraillent encore en faveur de cette adhésion contre tout bon sens. Lorsque l’accord d’association avec l’UE a été signé, des ministres, comme celui des affaires étrangères de l’époque, son successeur, des experts très médiatiques avaient applaudi. Certains avaient même dit que l’Algérie aurait dû le signer depuis longtemps. L’incapacité à penser l’intérêt national, je trouve cela très préoccupant.
L’Etat algérien dispose-t-il d’une marge de manœuvre pour renégocier cet accord pour le rendre plus équitable ? Est-ce que l’Algérie a les moyens de se soustraire à cet accord ?
Oui. Nous avons la possibilité déjà de renégocier un autre délai. Et je dirai plus : nous devons envisager cela en termes de guérilla ou de guerre de tranchées. Il n’est pas question de leur remettre les clés. L’acquis de l’indépendance doit être capitalisé, prendre un nouvel élan. C’est d’ailleurs pour cela que je plaide pour une cohérence alternative nouvelle. Pour une approche globale qui ne doit surtout pas souffrir d’un déficit de l’adhésion de la majorité des algériens qui est essentielle et de cet impératif de la démocratisation des rapports sociaux et des circuits décisionnels. En Grèce, avec tout l’appui populaire dont il jouissait, Syriza a plié, même s’il n’était pas contraint à le faire. Nous devons prendre la mesure des périls. Je ne ferais pas dans l’alarmisme comme le font douteusement certains pour que, comme on dit, les poules aillent consentantes vers l’abattoir. Nous devons expliquer les enjeux parce qu’au niveau mondial, les évolutions sont dramatiques. On est passé d’une crise financière à une crise économique et politique et maintenant la situation dégénère en crise géopolitique. Nous ne sommes pas loin d’un conflit mondial où l’Etat national est une cible. L’Algérie n’est pas une île : elle fait partie de la liste des Etats post-indépendance à liquider dès lors que sa ressource principale est liée à un marché très conflictuel. En reprenant la métaphore d’un ancien ministre au fait des réalités de l’ordre du monde, on peut dire que le bateau Algérie vogue sur un océan mondial en furie, situation d’autant lourde de périls que la richesse économique du pays le fait précisément dépendre du marché international le plus ultra-conflictuel, celui de l’énergie .Il reste que dans la hiérarchie des enjeux de tous ordres, l’enjeu de la préservation de notre marge d’autonomie de décision nationale occupe naturellement et incontestablement la place stratégique de premier plan. Tout simplement parce que privée de ce cadre, tout élaboration de politique nationale devient sans objet
Le gouvernement vient d’annoncer la mise sur le marché d’un emprunt obligataire. Est-ce une façon de contourner le dispositif d’adhésion fiscal volontaire suspecté d’abriter une opération de blanchiment grandeur nature où est-ce un passage obligatoire pour capter la masse monétaire circulant dans l’économie informelle ?
Parfois, on peut ne pas avoir le choix des armes à utiliser. Il y va de l’emprunt obligataire comme de l’opération de changement des billets de banque. Quand il y va de l’incapacité d’assécher, par les moyens ordinaires, la grande masse monétaire de l’informel, on recourt à ces dispositifs. Le degré d’acuité dépend des niveaux de nécessité. Aucune mesure économique n’est sans incidence. Et le coût de la non rupture se révèle parfois plus important que le coût de la rupture elle-même.
Avec un déficit budgétaire de 26 milliards de dollars, le retour à l’endettement externe est de plus en plus envisagé par les cercles décisionnels. Vous en dites quoi ?

Je suis contre. Y compris pour le financement des projets structurants. Tel que le système financier mondial est fait actuellement, où on ponctionne les avoirs au gré des crises, c’est trop risqué. Emprunter auprès de la Chine, auprès de systèmes sains, c’est autre chose.
On nous dit nos réserves de change tiendront jusqu’à 2017.
Oui, si rien de grave ne vient compliquer notre situation. Il faut s’armer de beaucoup de réalisme pour ce qui est des horizons. Comme dit le proverbe turc, les nuits sont enceintes et nul ne sait le jour qui naitra. Projeter jusqu’en 2017 me semble pourtant un peu osé, dans la situation de bouleversements imprévisibles dans laquelle se trouve le monde, il y a trop d’incertitudes. Les accélérations et autres « accidents » géopolitiques sont tels que fin 2016 me parait déjà un horizon plus réaliste.
Concernant le déficit budgétaire, je ne crois pas qu’on ait encore envisagé toutes les solutions pour optimiser nos ressources. Que ce soit l’impôt sur la fortune ou pour le manque à gagner fiscal qui est énorme : jusqu’à 2010, le montant était de 543 milliards de dinars de restes à recouvrer sur l’IRG et l’IBS. Selon les chiffres officiels des milliards de dollars de fiscalité que l’Etat n’arrive pas à recouvrer. Donc sur le plan des recettes, y compris la fiscalité pétrolière où il y a encore des mesures à prendre, l’Algérie dispose encore d’un volant. Il y a ensuite des économies internes à faire sur les dépenses.
Les budgets exponentiels de l’armée et des corps de sécurité ?
Chaque secteur doit avoir son plan d’économie. Il faut voir quels sont les besoins. En matière de défense, de sécurité, les besoins sont indéniables. Peut être qu’il y a des choses à revoir mais comme on le constate la situation dans la région n’est pas du tout réjouissante. C’est aussi valable pour les autres secteurs et sphères de besoin. Des études sérieuses doivent être engagées pour voir les niveaux incompressibles de besoins pour rationaliser les dépenses mais reste que la meilleure façon de gérer les équilibres est de produire.
Pourquoi justement cette fixation sur les transferts sociaux alors que des niches où peuvent s’opérer les coupes sont nombreuses ?
Effectivement. Il ne s’agit pas d’appréhender la question avec une lorgnette comptable. Encore une fois, il faudrait rappeler l’impératif de la redistribution. Quand on a les plus bas salaires de toute la région, il faudrait bien compenser. D’autre part, ces transferts servent à animer un marché intérieur d’abord profitable à ceux qui y trouvent des débouchés.
Tous ceux qui sont dans l’agroalimentaire par exemple sont contents de voir leurs produits subventionnés. Bien sur qu’on peut revoir certains produits comme l’énergie sans pousser pour autant vers la précarité énergétique. Car pousser certaines catégories de la population à la précarité énergétique, c’est aussi les pousser à pirater l’énergie. Le peuple algérien a son mot à dire et il est là au moment où il faudra faire des sacrifices : il l’a déjà démontré par le passé. Des sacrifices, il en a fait pendant toute son histoire et peut encore en faire s’il constate que c’est réparti de manière juste et équitable et que la perspective qui lui a été indiquée le mobilise
Une dernière question. La chute des productions des hydrocarbures va en s’accentuant depuis 4 ans. Le peak-oil atteint du temps de l’ancien ministre de l’énergie, Chakib Khelil, a-t-il a été fatal pour nos gisements ou au contraire, cela a-t-il permis à l’Algérie d’engranger plus de recettes dès lors que les hydrocarbures étaient vendues à l’orée de la conjoncture de pétrole cher ?
Non. Nous n’avions pas de raisons de surexploiter nos gisements. La chute de la production en fait s’est amorcée fin 2005, début 2006. Le P-dg de la Sonatrach vient d’annoncer une remontée pour 2016 des volumes de production. Dans la loi sur les hydrocarbures, il est fait état de ce principe de préservation des gisements et de rechercher le taux ultime de récupération. A Hassi Messaoud, nous avons actuellement un taux de récupération de 25 %. C’est peu. Les experts disent que si ce taux augmente de 1 %, cela équivaudrait à la découverte d’un champ avec un réservoir très important. Nous avons du potentiel. Le problème est au niveau des techniques de récupération et d’une saine exploitation des ressources. Idem pour le gaz. Nos gisements, fatigués et atteints certes, n’ont toutefois pas dit leur dernier mot. Le potentiel existe que ce soit à Hassi Berkine ou dans le Sud-ouest.
Cette notion de peak-oil, bien que je ne sois pas expert, je m’en méfie. Dire que nous avons atteint le seuil maximal d’exploitation, que nous sommes dans la phase de déclin, d’assèchement des gisements, c’est, à mon avis, vite tirer un trait sur la dynamique des technologies à l’œuvre dans ces métiers qui évoluent très vite.
Mais qu’il soit question de pétrole ou de moyens financiers, il faut sortir du raisonnement en termes d’ajustements conjoncturels. La véritable question fondamentale est celle de la vision du développement durable de notre pays. Il est beaucoup et surtout question, aujourd’hui, d’équilibres macro-économiques. L’argent, dit-on, à juste titre, est le nerf de la guerre. Celle pour sortir du sous-développement ne fait pas exception. La question du financement a toujours été la question-clé du développement économique. Mais on sait qu’elle n’épuise pas toute la problématique. D’autres conditions sont à réunir. Une vision de long terme qui traduise l’ambition de construire une économie productive performante, des institutions solides et compétentes dans le rôle de vecteur de cette ambition, un Etat garant des priorités productives et environnementales, des acteurs efficaces et engagés parce qu’impliqués, des organes de contrôle indépendants et représentatifs, un climat politique et social de mobilisation démocratique pour le développement national
Il faut réinjecter de l’espoir. Car parmi les effets néfastes de notre époque contemporaine, il y a cette idée de la défaite que les puissants veulent inculquer, la fatalité du there is no alternative, il n’y a pas d’alternative. Le défaitisme, c’est le discours des couches affairistes parasitaires qui veulent à tout prix défendre leur pré carré, préserver leurs privilèges, fermer la voie à toute alternative de développement authentique et de progrès pour notre pays.
A.R


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